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Les monologues du plastique

Les monologues du plastique

 

 

Nina Arsenault possède la somme des attributs requis pour rendre vertes de jalousie toutes les filles ordinairement constituées. Des jambes fines et interminables, une crinière de lionne, une silhouette exquise, des lèvres d'Angelina Jolie, une voix sensuelle...

 

Mais contrairement à la moyenne de ses frangines qui fréquentent le gym en dilettante, se contentent d'une épilation minimale et d'une séance de Botox les jours de fête, mademoiselle Arsenault a consacré à sa métamorphose extrême une énergie qui fait passer Madonna pour une grano négligée. Pour devenir une Geisha occidentale, cette artiste de performance est passée 61 fois sous le bistouri, transformation qu'elle relate dansThe Silicone Diaries (qui prend l'affiche du Théâtre La Chapelle à compter de ce soir).

 

Détail: avant de devenir un incroyable pétard, Nina Arsenault était un mec malheureux au physique ingrat.

 

«Je n'ai pas eu la chance d'être une beauté naturelle», lâche en toute simplicité ce transsexuel de 36 ans, qui s'est fait un nom en écrivant des chroniques dans le magazine Fab, en apparaissant à la télé canadienne-anglaise et en se donnant en spectacle dans plusieurs festivals queer du ROC.

 

«Quand j'étais petite, comme la majorité des autres fillettes, Barbie était à mes yeux la plus belle fille du monde. J'adorais les poupées. Plus tard, dans les années 70, j'ai commencé à idéaliser les images pornographiques, les filles dans le Penthouse...» évoque en entrevue celle qui conserve une douce nostalgie des premières années de sa vie passée dans un parc de maisons mobiles de Beamsville, en Ontario.

 

Nina Arsenault était intimement convaincue d'être un garçon dans un corps de fille, dès l'âge de 3 ans. «J'avais tout en commun avec les filles et rien avec les petits gars de mon quartier.»

 

Parce qu'elle le méritait bien

 

Dans The Silicone Diaries, autoportrait théâtral qu'elle a joué à guichets fermés à Toronto, Nina Arsenault raconte sept des aventures les plus singulières de son voyage dans le monde de la chirurgie esthétique. «Je parle notamment de ma vision profonde de ce que cela signifie d'être une fille, je relate aussi mes péripéties dans l'industrie du sexe, puisque j'ai payé mes opérations en travaillant comme webcam girl.»

 

Or, Nina Arsenault souhaite surtout parler de sa recherche d'harmonie visuelle, dans une paradoxale époque où triomphe le culte de l'apparence, mais où il est considéré comme «superficiel» de vénérer la beauté.

 

«Je pense qu'il existe des gens à l'esprit très fermé, dans notre monde, qui refusent de croire que la beauté a une portée artistique. Mais quand on s'intéresse à l'histoire ancienne, aux Grecs, aux Égyptiens, aux Aztèques, on constate que l'être humain a toujours été fasciné par la beauté sous toutes ses formes. Associer l'esthétique à la superficialité, à mon avis, est une façon de punir les femmes.»

 

Artiste dans l'âme, Nina Arsenault a fait de ses transformations physiques le sujet de son oeuvre. «Je pense que mon idéal était de ressembler à une photo de femme.»

 

En modifiant la courbe de ses hanches, en faisant affiner sa taille, en se dotant d'une poitrine en silicone et en se fardant de beaucoup de maquillage, elle a atteint un point d'extrême féminité. Et à travers son voyage au coeur de la beauté, Nina Arsenault a toujours entretenu un journal où elle s'épanchait sur sa longue traversée vers la beauté idéale.

 

Est-elle plus heureuse aujourd'hui?

 

«En définitive, oui. À mes débuts, comme transsexuel, j'ai vécu beaucoup de discrimination, on se moquait de moi dans la rue. Mais au fil des interventions chirurgicales, je suis devenue de plus en plus féminine et ces incidents humiliants arrivaient moins souvent. En devenant plus attirante, j'ai commencé à fréquenter des hommes, à être plus à l'aise sexuellement...»

 

À compter de ce soir, Nina Arsenault offre en solo au public montréalais le récit de son périple vers son nouveau corps. Barbie peut aller se rhabiller.

 

Source: La Presse




09/01/2011
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